L’Archéo-iconographie

Le site culturematerielle.fr a été créé par Claudine Brunon pour traiter de la Culture Matérielle du copiste et du peintre médiéval.

Pourquoi la Culture Matérielle ? Ayant réuni un large corpus d’images pour ces deux thématiques, il ne manquait plus qu’à les questionner pour en extraire des informations. Appliquant le concept de sa professeure d’université, madame Danièle-Alexandre-Bidon, Claudine Brunon explorait alors ces sources du point de vue de l’Archéo-iconographie. L’Histoire de l’art médiéval avait en effet changé d’orientation dès les années 80 en France. Léon Pressouyre a bien noté en 1989 que l’image se perçoit aussi comme un document archéologique :

“[…] Ce n’est pas seulement la matière des études iconographiques [fête, érotisme, marginalité, pauvreté, mort, … qui sortent l’art médiéval du sacré], mais la manière de regarder les images qui a changé et qui s’est diversifié. […] L’image est tantôt perçue comme un document archéologique – et les travaux de Th. et M. Metzger, de P. Mane ou de D. Alexandre-Bidon ont démontré les multiples conclusions qu’on peut en tirer – […]”. Léon Pressouyre, voir son article >>Histoire de l’art et iconographie : p. 263.

Nous posons alors la question : qu’est-ce que l’Archéo-iconographie ? Tout d’abord, c’est un concept qui concerne principalement l’historien de la civilisation matérielle. Voici ce que disait Danièle Alexandre-Bidon dans son article de 1983 dans la Gazette du livre médiéval :

“Fouilles archéologiques sur le terrain, dans les textes et fouille visuelle des miniatures relèvent alors d’une démarche critique de type « alternatif » qui teste, en un premier temps, la fiabilité des données transmises par les enluminures : l’archéologue y reconnaît parfois les objets de ses fouilles et l’historien ceux qu’inventorient ses textes”. Danièle Alexandre-Bidon, voir son article >>L’Archéo-iconographie : pour une approche différente des miniatures médiévales, p. 4-5.

En plus d’interroger les images, l’archéo-iconographe pourra les confronter aux objets archéologiques des fouilles et des musées et aux textes afin de croiser les 3 types de sources iconographiques, archéologiques et écrites. Il compulsera les rapports de fouilles, les transcriptions de textes, … pour donner encore plus de sens aux objets qu’il aura extrait des images.

Et vice-versa, “L’historien et l’archéologue médiévistes […] les prennent [les manuscrits enluminés] désormais en compte comme source documentaire à part entière, au même titre que les textes ou les mobiliers d’origine muséographique et archéologique”. D. Alexandre-Bidon, art. cité, p. 4.

Les recherches de la Culture Matérielle du copiste et du peintre médiéval sont menées par, non pas une archéologue, Claudine Brunon ne l’est pas – bien que titulaire d’une maîtrise d’Histoire de l’art et d’Archéologie -, mais par une praticienne de l’enluminure et de la calligraphie. C’est en voulant cerner la vie quotidienne et l’environnement matériel de ses ancêtres professionnels que Claudine scrute les images. C’est ainsi  qu’est privilégié le recensement des objets dans le contexte de leur utilisation. Ceci s’articule notamment en croisant les sources iconographiques et les sources écrites (les réceptaires des couleurs).

L’image permet de comprendre l’objet sous différents angles :
– sa forme,
– sa couleur (d’où on peut parfois en déduire sa matière : métal, bois, terre, verre,  pierre, cuir, textile et ainsi voir ceux qui auraient intégralement disparu des sols fouillés),
– sa taille au regard du corps humain,
– la position de l’objet sur son réceptacle (posé par exemple sur une table ou un autre meuble),
– son mode de préhension par le protagoniste (lorsque par exemple l’objet est tenu en main) et toute la gestuelle liée à l’utilisation de l’objet,
– l’intervention du protagoniste sur l’objet (le travail en cours de réalisation ou réalisé préalablement),
– les outils spécifiques au métier,
– les usages secondaires de l’objet (l’utilisation détournée des objets du quotidien en outils professionnels, en outils de travail),
– les objets partagés par d’autres catégories professionnelles.

Les livres de recettes de couleurs qui viennent compléter la compréhension du contexte d’utilisation, fourniront le contenu des objets (encres, peintures), la manière de fabriquer ce contenu (différente selon les minéraux, les colorants, les artificiels), et les types d’application possible du contenu sur d’autres supports, en plus de celui étudié.

Revenons au travail de l’archéo-iconographe. Il s’agit d’abord de scruter l’image à la recherche d’objets, que ce soit des artefacts ou du mobilier, et de les inventorier à la manière d’un archéologue. Pour les objets inventoriés d’après des enluminures, en guise de numéro d’inventaire, on trouve le lieu de conservation du manuscrit enluminé, sa côte et son folio ; et aussi, le plus important, nous pouvons localiser l’objet grâce au travail des historiens de l’art qui ont su déterminer précisément le lieu d’exécution des enluminures et les dater, plus ou moins finement. Parfois, nous avons juste : France, XVe siècle si le manuscrit n’a pas fait l’objet d’une étude poussée. Ceci donne tout de même une bonne indication si l’on compare les objets trouvés en fouilles à ceux de l’archéo-iconographe.